17Pourtant, l’épisode de la tempête en mer est loin d’être généralisé dans les relations de voyage. Une tempête tropicale est actuellement présente sur le Sud-Ouest de l'océan Indien. Chr. Les bourrasques redoublèrent d'animosité. Il coulait lentement. Dans Huon de Bordeaux, l’amour entre le héros et Esclarmonde est ainsi immédiatement puni par le déclenchement d’une effroyable tempête (v. 7089-7105) ; de même dans Florence de Rome, la prière de l’héroïne sur le point d’être violée en pleine mer est aussitôt exaucée puisqu’une tempête se lève (v. 5365-98). Rédaction 25-09-20, 17:52 Source: Belga Facebook In Connochie-Bourgne, C. Les hyperboles (avec prolifération des indéfinis de la totalité, des adverbes d’intensité) témoignent de la puissance, voire de la démesure des éléments indomptables ; les accumulations vont dans le même sens. G. Lafaye, Paris, Les Belles Lettres, 1972) ; Les Fastes, I, III, v. 587-600 (éd. Le cadre dans lequel Marco Polo loge son récit, lors de son voyage maritime du retour, par exemple, est à cet égard éloquent, puisqu’il ne laisse guère de place pour ce type de détail : Sachiés que quant l’en se part du port de Cayton et l’en a nagié par ponent aucune chose vers Sarlim.M. Merci, nous transmettrons rapidement votre demande à votre bibliothèque. Et c’est une bonne raison pour s’en passer. et comm. Impression est donnée, par là, que toute tempête représentée dans les fictions médiévales est archétypique, semblable à n’importe quelle tempête. Difficile d’écrire objectivement, de façon neutre et détachée, la tempête ! 10Loin de ces stéréotypes, la tempête apparaît tout autre dans les récits de croisades ou de pèlerinages. Prudence, la tempête Bella est en approche. 53 Le devisement du monde, ms. B1 Londres Royal 191, folios 120v°b-121r°b, éd. De surcroît, à bord des bateaux à voiles, la tempête a suscité ou suscite la similarité des comportements humains et des méfaits matériels, presque sans changements au fil du temps. Le temps se gâte brusquement :déchaînement des vents ; vagues énormes ;nuages et obscurité ;tonnerres et éclairs, foudre et feux Saint-Elme ;froid mortel.3. 17 Cité par J. Grisward dans son article, p. 379. Le vaisseau semblait destiné à passer à l'état de ruines. La tempête Bella souffle sur la Manche. En plus des critères habituels attendus pour une rédaction (la cohérence du contenu – ici, le réinvestissement des connaissances historiques et littéraires sur … J.-P. Clément et J.-M. Saint-Lu, Paris, La Différence, 1992, p. 181-85. Le courant commençait à devenir fort, la mer s'agitait. Suard, Paris, Champion Classiques, 2003. Delcourt, D. James-Raoul, dir. Connochie-Bourgne, Chantal. Victorieusement traversée, elle confère à l’expérience du voyageur une incomparable supériorité sur le savoir uniquement livresque du philosophe44. 14 J. Grisward, « À propos du thème descriptif de la tempête… », art. 13Pourtant, ces scènes de tempêtes valent moins par leur fonction mimétique, leur effet de réel, que par leur fonction métaphysique. 15Au début du xiie siècle, le récit du voyage en Terre Sainte de celui que l’on appelle Seawulf est rythmé par la mention de nombreuses tempêtes essuyées en mer, mais sans que jamais aucune d’elles ne soit proprement décrite, comme si la notation se suffisait en elle-même48 ; en revanche, à plusieurs reprises, dont une notable, juste avant l’arrivée à Jérusalem, la scène donne lieu à une méditation sur la bonté divine en ces circonstances et à une action de grâces de la part de celui qui a échappé de peu à la mort. décrire une tempête marine; ... Publié le 15/05/2008 à 12:00 par martineden... une journée et une nuit de moteur. et trad. J. Monfrin, Paris, Classiques Garnier, 1995 ; désormais mentionné Joinville : « […] le vent qui nous avoit flatis sus Chypre, la ou nous deumes estre noiés, leva si fort et si orrible car il nous batoit a force sus l’ille de Cypre, car les mariniers geterent leur ancres encontre le vent ne onques la nef ne porent arester tant que il en orent aportés.V. Un vaste système dépressionnaire va Dans la littérature de voyage proprement dite, plus géographique, qui veut mesurer le monde et en rendre compte par le détail, la tempête est un épisode le plus souvent omis, comme s’il ne s’agissait plus que d’une anecdote sans importance, qui continue cependant d’apparaître dans le journal de bord des navigateurs. 22 Voir, p. et trad. Une enveloppe brumeuse recouvrit tout l'horizon, l'équipage ne voyant plus le rivage prit panique. 31 Sous la plume de Jacques Fabri, la tempête devient ainsi une sorte de spectacle, terrifiant et sublime ; mais celui-ci est un pèlerin particulièrement enthousiaste et confiant : « Le jour, les tempêtes sont supportables, attrayantes même par leur sinistre grandeur et leurs jeux de lumière. Histoire et voyage au seuil de l’âge classique », Immobiles à grands pas, Revue des Sciences Humaines, 214, 1989-2, p. 48. Ch. 36 Itinéraire d’Anselme Adorno en Terre Sainte (1470-1471), éd. Comme l’a bien montré E. de Saint-Denis, « à l’époque où sévissent les écoles de rhétorique, il y a une tempête, générale et classique, stylisée et codifiée d’après le modèle virgilien7 ». 1 J. Delumeau, La peur en Occident (xiv e-xviii e siècles), Paris, Fayard, 1978, p.32. Détails. 22Enfin, ces voyageurs cherchent à montrer que l’homme, le chrétien en particulier, peut se rendre possesseur de mondes nouveaux ; leurs entreprises témoignent d’une volonté de puissance portée par l’optimisme ; la tempête, qui dévalorise la créature, qui lui rappelle sa fragilité, sa petitesse et sanctionne le péché, ne s’harmonise pas avec ce projet. ». 18 Éd. La colère de l’océan déclenche des catastrophes dans la nature, la mienne me dénature. Même si pareille exhaustivité demeure exceptionnelle (la plupart des descriptions étant bien plus réduites), un patron littéraire est ainsi disponible, qui transcende les genres, et les tempêtes de Wace ressemblent à celles de Marie de France, de Guillaume de Berneville, de Thomas ou de Chrétien. Or, les tempêtes les dévient, justement, de leur trajectoire, elles perturbent leurs mesures, faussent leurs calculs : prendre la peine de les décrire soigneusement, c’est suggérer, avant toute vérification, la dérive occasionnée que l’on ne peut qu’estimer, c’est se donner une possible marge d’erreur dans les points relevés qui seront proposés au souverain, commanditaire financier que l’on sollicitera sans doute de nouveau. De surcroît, ces explorateurs sont précisément engagés dans des entreprises de mesure du monde destinées à situer les nouvelles terres découvertes, par rapport aux informations scientifiques que leur avaient transmises les Anciens. Et, par là, c’est témoigner d’une volonté de hiérarchiser les informations que l’on transmet ; c’est suggérer que le spectaculaire, voire le sensationnel, a désormais changé de lieu (endroit et topique tout à la fois). C’est aussi expliquer un éventuel délai dans le calendrier tenu. Deluz). Voici une sélection de leurs témoignages. liues, […]. et trad. A. J. Holden, Genève, Droz, 1988. Lauer, Paris, Champion, 1924, § XXV), 33 « […] j’ai subi des tempêtes variées et inouïes. 7Se livrer à l’écriture d’une tempête, dans ces conditions, c’est aussi montrer que l’on est capable de se loger dans la tradition et d’imiter les plus grands ; c’est une question de savoir et de savoir-faire. 16 Le lexique marin, peu compréhensible pour les profanes, demeure rare dans les scènes de tempête ; il apparaît plutôt ailleurs, hors formule, hors topique, dans des scènes propices à faire éclater l’enthousiasme marin, comme les scènes d’embarquement, qui font mousser la langue de manière jubilatoire et complice (voir l’étude de Fr. Une description rapide et ramassée 27 ou même une simple mention 28 suggère qu’importent surtout les conséquences que génère la tempête : Cunuit Brandans a l’air pluiusQue li tens ert mult annüus.Li venz lur ert cuntresailliz,Et li cunreiz lur ert failiz […]. et trad. B. H. Wind, Genève-Paris, Droz-Minard, 1960, fragment Douce. Ph. Ainsi les tempêtes virgiliennes, en dépit de leurs spécificités de détail, littéraires et géographiques, semblent toujours conçues selon un même programme durant trois jours (comme c’est en réalité le cas général en Adriatique), transcrit nouvellement sur le mode hyperbolique et anthropomorphique. R. B. C. Huygens, stud. Deluz, le titre choisi par saint Willibald, Vie ou plutôt pèlerinage… (désormais mentionné Willibald), va dans le même sens : « toute la vie du chrétien est un pèlerinage et quitter sa terre, sa famille pour l’outremer, c’est manifester de façon tangible que l’on est étranger et voyageur sur la terre » (« Introduction », Croisades et Pèlerinages…, op. Les commandes de la nacelle ne répondaient plus. G. Neumann, Archives de l’Orient latin, 2, 1884, p. 305-77). 25Malgré la diversité de ses mises en œuvre, une tempête en mer est toujours vécue, montrée sur le même mode, comme un épisode de violence intense et somptueuse, propre à susciter l’effroi, à engendrer la terreur, à faire sentir à l’homme sa petitesse, sa fragilité, son impuissance. Des nuages sombres semblables à une chevelure baudelairienne agitent des vagues comme volées à Hokusai. Villain-Gandossi, « La mer et la navigation maritime à travers quelques textes de la littérature française du xiie au xive siècle », Revue d’histoire économique et sociale, XLVII, 1969, n° 2, p. 156). 34 Citons quelques exemples : bonetham, » la bonnette » (A. Adorno), velum magnum (A. Adorno), group (A. Adorno, L. de Sudheim) ou « gulph » (L. de Sudheim), bora, ciroco, maistre (« mistral ») (L. de Rochechouart). Lors d’une tempête racontée par Nompar de Caumont, par exemple, la « chose » noire, chargée de feu et de flammes qui s’est s’abattue sur le navire, est identifiée par certains comme étant la foudre, mais « les autres prousomoyent que c’estoit le pechié enfernel que ainssi nous avoit mallement abatus », rapporte le narrateur (Caumont, p. 57). Le comportement des hommes : les cris, l’effroi et les prières des héros ; lesméfaits de la tempête, en particulier la dispersion des navires ; la confusion.4. 29 Éd. Alors qu’aucune alerte météo n’avait été lancée à l’époque, l’équipage fût pris dans une violente tempête particulièrement soudaine au large de la Floride : 6 marins sur 19 disparurent en mer. Il pleuvait, des trompes d'eaux frappaient le navire. Nous décidâmes de partir à la Suite inventée d'une histoire d'un roman de renard. Bonnardot et A. Longnon, Paris, Didot, 1878 ; abrégé en Anglure. En quoi le motif de la tempête a-t-il une dimension épique ? Comme la mer dont elle emblématise le côté magnifique, imprévisible, exigeant et invincible, quand elle n’est pas rendue négligeable par d’autres impératifs, la tempête possède en propre une puissance esthétique, narrative, spirituelle et métaphysique, qui, du Moyen Âge à l’époque moderne, fait d’elle un motif à succès, au rendement assuré, propre à susciter en retour chez l’auditeur-lecteur l’aversion et la terreur ou l’admiration et l’enthousiasme. 12Les dégâts causés sont désormais précisément notés : navire couché sur le côté (Adorno36, p. 368 ; Sudheim, VII, p. 1037 ; Anglure37, p. 79), navire jeté à la côte ou coulé (Sudheim, XIII, p. 1041) ; navire endommagé de multiples façons : château d’avant arraché, projeté en arrière, envahi par l’eau (Caumont, p. 26, 57), timon perdu (Anglure, p. 79), mât brisé (Caumont, p. 57), voiles déchirées et cordages rompus (Adorno, p. 368) ; incendie (Caumont, p. 57) ; hommes emportés par une lame (Sudheim, VI, p. 1036) ; bouleversements qui affectent le sol marin, dont sont arrachés sable, pierres et algues, plantes ou coraux (Sudheim, VI, p. 1036 et IX, p. 1037). Voir aussi l’étude de J. Monfrin, « Joinville et la mer », dans Études de langue et de littérature du Moyen Âge offertes à Félix Lecoy, Paris, Champion, 1973, p. 445-68. 8Au plan narratif, la tempête en mer s’avère d’une grande rentabilité et s’impose comme la péripétie par excellence. C’est enfin l’occasion de rappeler, bien sûr, que ceux qui tiennent la plume et dirigent leur navire sont protégés de Dieu, ont su éventuellement se faire entendre de lui par leur sincère dévotion. À 10 heures ce matin, la tempête tropicale modérée BONGOYO était centrée autour du point 21.5 degrés Sud en latitude et 75.9 degrés Est en longitude. 50 Chr. ex., la seule tempête mentionnée ramène à Constantinople le navire de l’empereur déchu, le traître Andronic, et ne lui permet pas de s’échapper. Un phénomène "de type tornade" a balayé le sud du bourg de Saint-Etienne-de-Mer-Morte, lundi en fin de matinée. cit., p. 44-45. D. Régnier-Bohler, Paris, Laffont, 1997, p. 1036 ; désormais mentionné Sudheim.). L'arrière se fracassa littéralement. On pense à la fin du Tristan de Thomas, où Yseult est empêchée de rejoindre son amant, à Guillaume d’Angleterre où le héros et son épouse sont ainsi réunis, à Sone de Nansay, où le héros est repoussé en Irlande 24 (v. 5860-5862), à Huon de Bordeaux25, où le motif apparaît à de multiples reprises (v. 4891-94, 7092-7105, 8253). Rédaction. J'aime beaucoup ! Pas de gros dégâts avec le passage de la tempête Bella sur le bassin d’Arcachon. Lame de fond. C. Varela et J. Gil, trad. Par Manon Loubet Publié le 26 Déc 20 à 9:34 cit., p. 931). 56 Statistiquement, il se place aux bornes mathématiques de l’impensable ou de l’improbable…. J.-Y. Le capitaine de l'embarcation essayait tant bien que mal de calmer la peur omniprésente. Son traitement littéraire, pourtant, est loin d’être uniforme : c’est l’objet de cette étude que de dégager quelques-unes des tendances qui m’ont semblé dominer et de montrer que l’écriture de ce motif est liée au type générique de l’œuvre et en exprime la visée. Les plus trouillards interprétèrent ce temps-là comme un présage d'apocalypse. Pleine de vraisemblance, elle perturbe ce qui semblait établi ou acquis d’avance et permet de surprenants revirements de l’action : disparition ou séparation des uns et des autres ; changements de décor et passage à des lieux inhospitaliers ou inattendus. Dans la littérature de pèlerinage, elle est le souvenir d’une expérience exceptionnelle pour celui qui a cru sa dernière heure arrivée : la tempête s’affranchit alors du moule fictionnel stéréotypé pour accéder à une forme plus personnelle, alimentant par sa vérité un projet autobiographique et, en tant que mise à l’épreuve spirituelle, prenant place dans le projet de peregrinatio. La tempête Bella va arriver dans l'Hexagone dès ce samedi 26 décembre, et gagnera en intensité le dimanche. Et, en désespoir de cause, quand le danger persiste, avant la fin ultime pressentie, après les prières et les vœux (Caumont, p. 57-58, 59-60 ; Joinville, § 631-633), il reste la confession et les conseils pour subsister le plus longtemps possible en mer, accroché à une planche ou à un bout de mât saisi dans l’attente du naufrage (Caumont, p. 57, 59). ex., La Vie de saint Alexis, v. 195 (éd. (Brut, v. 6039-55). W. W. Kibler et Fr. directif, afin d’obtenir une cohérence d’ensemble à l’écriture du journal de bord. Traduction du xive siècle du récit de voyage d’Oderic de Pordenone, éd. G. Paris, Paris, Champion, 1980), La Chanson de Roland, v. 688-689 (éd. En effet il est confronté aux problèmes de monstres marins, mais surtout aux Tempêtes, qui apparaissent à trois reprises. 42 Voir J. Delumeau, La peur en Occident, op. 51 Comparer Les voyages en Asie du bienheureux Oderic de Pordenone, éd. P. S. Noble, Oxford, Medium Aevum Monographs, 1975, p. 57 ; désormais mentionné Caumont. 35 Le Voyatge d’Oultremer en Jherusalem de Nompar, seigneur de Caumont, éd. 23 On pense que beaucoup de ses confrères étaient des clercs terriens qui, sans doute, ne connaissaient pas la mer et n’en voyaient les tempêtes qu’à travers un prisme : le prisme de la littérature. 39 N. Doiron, « Les rituels de la tempête en mer. 2008. ex., Le Roman de Brut, v. 2478-90, v. 6041-55 ; Robert le Diable, éd. A. J. Holden, Paris, Picard, 1970. A. Pauphilet, Paris, Champion, 1980). J. Alton, Tübingen, 1892, v. 1213, 1218-21. C'est excellent ! 1Pour celui qui ose prendre la mer, bien plus que les fonds marins dangereux, le calme plat, les créatures monstrueuses ou les navires pirates et ennemis, la tempête représente l’aventure de mer la plus commune et la plus redoutée1. James-Raoul, D. 2006. 13 Éd. (La Vie de saint Gilles, v. 789-91). Environnement. Fr. A peine eut-il prononcé ces mots que des murs d'eaux se brisèrent sur le pont, provoquant des ressacs. On peut rappeler l’épisode des onze mille vierges du Roman de Brut : Es vus tempeste merveilluse ;E une nue vint pluiuseKi fist le vent devant turner,L’air neircir, le jur oscurer.Unc n’oï tant sudeementVenir tempeste ne turment.Li ciels trubla, li airs nerci,Granz fu li venz, la mer fremi,Wages comencent a enflerE sur l’une l’autre munter.En mult poi d’eure nes traversent,Neient, enfundrent e enversent,Esturman n’i poent aidier,Ne nuls hueme altre conseillier.Ki dunc oïst crier meschines […]E reclamer Deu et ses sainz […]. C’était après une longue nuit bien réparatrice pour se reposer qu’Ulysse et ses gens étaient partis pour rentrer à Ithaque, mais Poséidon fut pris de colère et fit déchaîner une tempête des mers. Chr. » (Ludolph de Sudheim, Le Chemin de la Terre sainte, VI, trad. 4Cette convergence, signe de ce que, naguère, J. Grisward avait suggéré être un « fonds commun littéraire » et « un reflet de [la] Culture4 » des auteurs considérés, me semble être fondamentalement due à un fait d’école : c’est le poinçon marqué de la tradition gréco-latine telle qu’elle était enseignée. 2Dans la littérature de fiction, quel que soit le nom qu’on lui donne2, la tempête apparaît comme un motif conventionnel et typé, particulièrement décoratif au plan esthétique, extrêmement commode et efficace au plan narratif : c’est sans doute une des raisons de sa très grande fréquence3. Short, Paris, UGE, 10-18, 1984. L’une onde a l’autre la [nef] balance, Si com an joe a la pelote » (Guillaume d’Angleterre12, v. 2278-79) ; les quatre vents « tanc [ent] », « s’aïrent », « font […] lor guerre com font li baron de la terre (Id., v. 2273, 2283, 2305-06), sont « irascu » (Troie, v. 27581). Il raconte : " Embarqués à Oran, nous avons subi une avarie de moteur par une mer de force 8. Ils étaient perdus au milieu de l'océan, seuls sur … Yannick Bestaven court toujours en tête suivi de près par Charlie Dalin, le cap Horn approche avec une tempête qui s'annonce redoutable. Ph. Récits, Chroniques et Voyages en Terre Sainte. Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search. La compilation du récit de Ludolph de Sudheim faite à la fin du xve siècle par Nicolas de Hude ne fait pas apparaître les pages que l’auteur consacrait longuement aux tempêtes, en présentation préalable théorique puis dans le cours de son récit52. Super ! On reconnaît là, en effet, à quelques variantes près, le moule inspiré d’Homère 5 que Virgile a mis au point et qu’Ovide puis Sénèque notamment ont repris6. ex., Floriant et Florete, éd. L’Odyssée est une épopée, en effet, c’est un récit d’exploit concentré sur un Héros légendaire, Ulysse, dans un cadre grandiose. Schefer, dans Recueil de voyages et documents pour servir à l’histoire de la géographie, Paris, 1891, p. 83 et Jean de Vignay, Les Merveilles de la Terre d’Outremer. 55 Voir Le Nouveau Monde, trad. -          Que tout le monde garde son calme, restez à vos postes ! Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque/établissement d’acquérir un ou plusieurs livres publié(s) sur OpenEdition Books.N'hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées :OpenEdition - Service Freemiumaccess@openedition.org22 rue John Maynard Keynes Bat. Un jour alors que nous n'étions plus que Hans, mon oncle et moi. A. Combes et R. Trachsler, Paris, Champion Classiques, 2003, v. 2696-2711. Ils semblaient voués à affronter la tempête, ils n'avaient pas le choix. Le bateau chavirait. 26 G. Bachelard, L’eau et les rêves, op. 47 Willibald, p. 902 (trad. Villain-Gandossi, « Au Moyen Âge, le domaine de la peur », dans La mer, terreur et fascination, Paris, BnF/Seuil, 2004, p. 71. 11Dans les récits de croisades ou de pèlerinages, la tempête n’est pas, sauf exception, un objet de poésie 31 ou une machine littéraire32 : elle apparaît comme l’une des nombreuses aventures possibles qui rendent si dangereux le voyage et montrent à quel point le salut ne dépend que de ce Dieu dont le pèlerin ou le croisé veulent justement se rapprocher. Fr. Les protagoniste se retrouve coincer devant une très grande étendu d'eau. Toujours, elle apparaît comme un épisode dramatique intense, expression divine de l’implacable courroux et de l’omnipotence. Les nuages obscurs ne laissaient pas entrevoir un seul rayon de soleil. En effet, le ciel était noir, sombre à en avoir des frissons dans le dos. et .VI. En effet, le ciel était noir, sombre à en avoir des frissons dans le dos. Deluz, « Pèlerins et voyageurs face à la mer », dans Horizons marins, itinéraires spirituels (ve-xviiie siècles), vol. N’oublions pas non plus que, symboliquement, la mer houleuse représente les dangers et les difficultés du monde et que les images de navires dans la tempête, élaborées dans la Bible, ont eu une grande audience au Moyen Âge50. 19Ce qui est à l’évidence un abandon permet alors de remettre en perspective les observations précédentes et invite à comprendre pourquoi l’écriture de la tempête a été parfois sentie comme un passage anecdotique superflu. III. Les nuages obscurs ne laissaient pas entrevoir un seul rayon de soleil. ), 32 Dans la chronique de Robert de Clari, p. C. Segre, Genève, Droz, 2003), Le Roman de Brut, v. 22, Aucassin et Nicolette, XXXIV (éd. Personne ne peut dire, personne ne peut croire à quel point les tempêtes sont cruelles. L'inquiétude se lut sur son visage. Cet étrange hasard56, qui calme la tempête, ne permet-il pas à l’Amiral d’assumer complètement la direction du navire qui lui a été confié et d’en recueillir, le cas échéant, tous les bénéfices possibles57 ? 15 Outre l’ouvrage déjà cité de Frahm, voir Ph. James-Raoul, Danièle. Chalane se situe, ce vendredi 25 décembre, à 540 km, au Nord de La Réunion. On se souvient du constat de Bachelard qui pourrait être largement étendu : « pas d’épopée sans une scène de tempête26 ». On peut reprendre et préciser le schéma donné par le critique8 : 1. De ce point de vue, la terrible tempête qui ne cesse de croître au large des côtes espagnoles du 12 au 14 février 1492, à l’arrivée de l’expédition de Christophe Colomb, est un modèle du genre. Deluz l’avait remarqué naguère, la tempête n’appartient pas au domaine de la géographie : […] ce n’est pas à décrire ces fortunes de mer que s’attachent avant tout les récits. Le bateau allait se retourner, l'équipage allait périr,  quand ils furent soudainement sauvés par un cri perçant depuis la côte : -          Jean ça fait une heure que tu es dans la baignoire, sors de là ! et trad. Ce bruit assourdissant ne fit qu'aggraver l'affolement général. Dur dur le métier de marin. Vérifiez si votre institution a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books. 43 La détresse de ceux qui voient leur dernière heure arrivée et ne peuvent, dans leur impuissance humaine, que s’en remettre à Dieu, est longuement et constamment évoquée, tout comme les vœux de pèlerinages, d’ex-voto ou de cierges de cire, alors très coûteux. URL :http://presses-universitaires.univ-amu.fr, Adresse : 29 avenue Robert Schuman 13621 Aix-en-Provence cedex 1 France. Les jeux de parallélismes et, plus généralement, la répétition disent le côté renouvelé et implacable des coups assenés, des éléments déchaînés : La tormente fu grant, li ciez devint oscur […].La tormente fu granz, que la mer fist meller. “L’écriture de la tempête en mer dans la littérature de fiction, de pèlerinage et de voyage”. Sujet : Ulysse a la permission de Calypso de rentrer enfin à Ithaque en radeau mais Poséidon, furieux, déclenche une terrible tempête. Le spectacle dépasse toute conception humaine. Jouet de la fortune de mer, le pèlerin fait l’expérience intense de la vision de sa mort41, mort la plus épouvantable qu’il soit (il n’aura pas les derniers sacrements, il sera privé de sépulture42) ; au moment de tout perdre (la vie, ses biens), il peut connaître quel est son degré de foi, c’est-à-dire d’abandon, de confiance dans ce Dieu qui tient son salut entre ses mains43, éventuellement, s’il est homme de religion, quelle est la vérité de sa vocation, censée être faite de renoncement à ce monde et à ses biens : […] l’épreuve de la tempête représente pour le voyageur une épreuve de vérité d’une force fabuleuse. Mais la nuit ! J. H. Prior, Turnhout, Brepols, CCCM CXXXIX, 1994, p. 59, 60, 61, 62, 63 et 76 (où est notée l’absence de tempête lors du voyage de retour). Essai de généalogie », Études de Lettres, 2, 1984, p. 46. Jean de Vignay, par exemple, traduisant en français Oderic de Pordenone au xive siècle, ne conserve que la mention d’une tempête comme évident châtiment et se dispense de sa description51. Attention, si vous êtes malade en mer, cette vidéo risque de vous procurer… Une trentaine de maisons ont été endommagées selon la mairie. Mais les plages océanes vont souffrir avec une houle maximale enregistrée par la bouée du Cap Ferret à plus de Dans ce même ordre d’idées, on remarque également des divergences de contenus, et donc de points de vue, entre certains récits de voyages et leur compilation : les différences soulignent les tempêtes comme des points sensibles, puisque celles-ci sont ici présentes, là réduites ou même supprimées. Elle est l’une des deux dépressions situées au Nord-Est des Mascareignes. 2 Dans sa thèse, W. Frahm relève notamment torment, tormente, tempeste, fortune, tempier, oré, orage, baquenas, estorbillon, sifon (Das Meer und die Seefahrt in der altfranzösischen Literatur, Göttingen, 1914, p. 11-12). L’écriture de la tempête en mer dans la littérature de fiction, de pèlerinage et de voyage. et trad. 7 E. de Saint-Denis, Le rôle de la mer dans la poésie latine, Lyon, Bosc Frères, 1935, p. 353. Un bateau essai de ne pas chavirer au milieu de vagues de plus de 15 mètres pendant une tempête en pleine mer, images impressionnantes. 54 Chr. (Florence de Rome13, v. 5376, 5385), L’unde la porte contre munt,l’autre la treit vers le parfunt,l’une la peint, l’autre la bute […]. Ton texte parle d’une tempête et d’un coup de mer Tu n’as pas parlé à la 1èrepersonne, tu … Sources, 33, 1993, p. 7-24. Pourtant, il n’est que l’expression d’une réalité naturelle et météorologique peu susceptible de profonds changements dans sa représentation. Une rédaction de Morgane G. : Faite le 10. Laurent, Paris, Champion Classiques, 2003. E. Löseth, Paris, Didot, 1903, v. 3385-96 ; Anséis de Carthage, éd. Alors, écrire la tempête, c’est tout autant parler de la mer et en faire partager son expérience douloureuse, effroyable et traumatisante, que parler de soi, dire comment on a vécu cette épreuve et, en définitive, clamer qu’on en a triomphé, non sans se faire de la publicité46, ce qui, bien sûr, ne va pas de soi… Sortir vivant d’une fortune de mer peut ainsi s’interpréter comme un signe d’élection digne de remerciement. 4 J. Griswald, « À propos du thème descriptif de la tempête chez Wace et chez Thomas d’Angleterre », Mélanges Jean Frappier, Genève, Droz, 1970, p. 388-89. ULYSSE. 5Quelques stylèmes dominants hérités des poètes latins, confortés en outre par les versets bibliques, s’imposent ainsi, qui concourent à créer une représentation voulue grandiose. -          Capitaine, on ne peut plus manœuvrer le bateau ! © Presses universitaires de Provence, 2006, Conditions d’utilisation : http://www.openedition.org/6540. Vos récits de tempête en mer. Le lai d’Éliduc, le roman d’Apollonius de Tyr, la chanson de Jourdain de Blaye témoignent par exemple de tels scénarios. xiie-xve siècles, dir. "Sur le Westhinder, à environ 30 kilomètres en mer de Nieuport, on a enregistré un vent de force 9 sur l'échelle de Beaufort", a-t-il précisé. Elle se deplace lentement vers le Sud-Sud-Ouest à environ 8 km/h. Par auteurs, Par personnes citées, Par mots clés, Par géographique, Par thématique, Par dossiers, http://presses-universitaires.univ-amu.fr. D'importantes rafales de vent ainsi que d'abondantes chutes de neige en montagne sont attendues sur … 20D’abord, il va de soi que le schématisme des scènes de tempêtes, observé sous la plume des uns et des autres, est une faiblesse. (Comparaison proposée par Elies) Soudain, au loin sur la mer, ils virent se former un tourbillon : l'équipage fut pris de … Le début de la description de la tempête du 7 octobre, sous la plume de Nompar de Caumont souligne, par exemple, l’intrusion de ce type de fantastique démoniaque dans lequel s’abîme le monde marin et d’où la divinité est absente, d’où elle semble s’être retirée. Les métaphores anthropomorphiques contribuent à faire sentir que « l’eau violente est un des premiers schèmes de la colère universelle9 », tandis que de nombreuses comparaisons tendent à souligner comment l’expression langagière est fondamentalement en retrait de la réalité : la mer est ainsi « fier e orrible » (Troie10, v. 5071), elle « cri[e], brai[e] de tel aïr, tot manac[e] a transglotir » (Ibid., v. 27587-88) ; elle est « mult hericee, undeie e brait cum esragee » (Vie de saint Gilles11, v. 781-82) ; elle « est pleinne de monz et de vaus […].